samedi 10 octobre 2009

65) Coke, bite, strip, caca, ennui, MD, chien

Les journées sont longues, les nuits aussi et les matinées aussi. Il est cool Jean-Marie, il insiste toujours un peu pour que je me déshabille devant lui mais c'est facile de lui dire non, vu que de part son majestueux statut de barman cocaïné du lieu le plus branché de toute la ville, les jeunes filles, surtout les trés jeunes ne voient aucun inconvénient à se pavaner dans toutes les positions dans son salon. Donc Jean-Marie et moi, c'est plutôt apéro avant le boulot, resto tard dans la nuit aux Capus et matinées droguées dans son appart de la rue Ste Catherine avec d'autres fétards du tard, du trés trés tard.
L'immeuble est situé pile en face du café des Arts. Pile en face du méga spot à thunes gratuites qu'ont trouvé de nouveaux arrivants bien motivés pour s'en sortir dans cette jungle qu'est la ville. Une jungle comme une vraie jungle, avec rien à foutre si ce n'est y survivre. Une dizaine de jeunes issus des campagnes défavorisées, où si tu n'as pas un papa un peu riche, tu n'iras certainement pas étudier à la fac de la grosse ville dà côté. Les punks à chiens. Les punks campagne. Avec leur chien. Un bout de leur enfance qu'ils trainent comme le doudou d'une époque où la campagne était pour eux encore fréquentable. Le temps de l'école et du goûter chez mamie. Du chocolat Poulain et des grosses tartines de pain beurrées. Des expéditions dans les sous-bois et de la frayeur jubilatoire de croiser des croix cathos cassées entre deux chemins plantés de noyers et de chataigners. Les punks à chien font la manche. Font chier les passants. Ecoutent les Bérus ou les Spiral Tribe, leur magnétophone posé sur le trottoir. Ont trouvé là une alternative sympa à leurs journées de glande sur la place du village et des tournées en mobylette pour aller où ?
Tanguy se fout de leur gueule. On est haut perchés nous, sur la terrasse de cet appart bien bourge. Les insultes fusent. Tanguy jette son verre plein de whisky qui vient s'éclater aux pieds des punks à chien. C'est pas trés malin, on doit se casser et la porte donne direct sur leur trottoir auto-proclamé. Nous descendons. BAM Tanguy se fait latter par quatre de ces mecs. Mais quoi ? Ces mecs sont des faux punks à chien. Ils ont des têtes de bébé bourges qui ont quitté leur mère la veille. Leurs vêtements sont tous neufs. Ils n'ont même pas de chiens ! Mon Dieu, c'est les pires... C'est des teufeurs fashion. Je donne un coup de pied dans la casquette Nike noire, décorée de clous, remplie de monnaie, posée par terre. Des pièces roulent dans la rue pendant que d'autres bamboulent dans la bouche d'égout. Tiens, la petite Anne et son grand chien noir. Le chien fait un gros caca marron . Tanguy se fait toujours frapper. Je me penche et glisse ma main sous le caca. Il est bien mou comme de la mousse au chocolat et bien chaud. Je gueule "Hey les gars !" Et leur balance le caca dessus. Des cris d'horreur et de dégoût s'élèvent. Ils lachent Tanguy. Je lave ma main dans une flaque d'eau. On n'ira pas encore se coucher, Anne a ramené plein de MDMA d'Amsterdam. Elle a déjà préparé les parachutes. Une bonne raison pour continuer.

vendredi 2 octobre 2009

64) Always craignos in the city

Cécile Noguès a un plan secret pour ce soir. Elle ne veut pas le dévoiler. A Bordeaux, il suffit de mettre un pied dans la rue pour savoir tout ce qui se passe d'intéressant pour la soirée. Moi j'aime bien partager. Quand je croise quelqu'un, il me demande presque systématiquement ce qu'il y a le soir. On fait tous ça. On se dit les trucs. Alors une soirée secrète ? Difficile de la cacher. C'est rarissime une soirée secrète. C'est impossible. Impensable. A moins que ... Oulala, à moins que ce ne soit l'anniversaire de Bertrand Cantat ! Alors là, rien à foutre ! L'année dernière on a joué pour son anniversaire. On a poireauté tout l'aprem pour faire une balance. Il y avait un monde fou et aprés deux chansons, la soeur de Bertrand nous avait coupé d'un coup ! On chantait sur le bar du hangard. J'avais demandé à Bertrand "T'as entendu un peu ?" Il m'avait répondu "Non j'étais dehors aider à faire vomir un pote" . De toute façon, lui, je ne l'ai jamais croisé nulle part. Je ne pense pas qu'il ait un jour foutu les pieds au Zoobizarre. Plein de rockers cuirs bien alcoolisés étaient là, figures rouges ou blafardes, ils ne succitaient aucun de mes désirs. C'était un autre monde, une autre génération. Dix ans de plus. Pas de techno, pas d'extasy, pas de love t'es coool, je t'aime. Non.
J'étais en cinquième je crois, et je m'asseyais encore devant dans le bus qui allait au collège. Pour profiter du paysage. La forêt d'abord. Puis les montagnes. Puis les HLM de Coarraze. Je voyais les collègues de mon père qui attendaient leur propre bus pour aller à l'usine, leur sacoche en cuir en bandoulière, et je me disais, c'est nos parents, et ils font comme nous, je veux changer, je ne veux pas continuer. David, qui était en seconde était venu vers moi et m'avait collé son walk-man sur les oreilles. J'avais frissonné de plaisir et de surprise, on ne s'était jamais parlé. La chanson, c'était "Aux sombres héros de la mer", ça avait l'air de tellement coller à la peau, cette voix, mais presque pas à la mienne. Moi c'était Françoise Hardy et les garçons c'était une autre histoire.
La teuf apparement est Rue Camille Sauvageau, dans un garage, au rez-de-chaussée. C'est la rue qui va de la place St Michel aux Beaux Arts. On a déjà fait plus discret pour une soirée secrète. La nouvelle fait boule de neige et nous voila à quinze, telles d'immondes racailles venues pour tout casser, l'accueil est plus que mitigé. Des bouteilles de champagne partout, des petites bouteilles de vodka partout et moins de monde que l'année dernière. La soeur de Bertrand me tchèke mauvais. La journaliste de Sud Ouest aussi . Olalalaaa, ça va swinguer. Un journaliste de Tecknikart se pointe vers moi. C'est lui aussi qui avait tripoté Maroussia un soir, il avait été grave. Il s'avance vers moi hilare, avec un mec l'air coincé. "OOOOOOOOh regarde c'est Eve ! Elle est complètement fooollle !" Il est juste devant moi et il me montre du doigt. Bastard. Je fonce. Bam Bam Bam, je crois que je lui mets trois claques d'affilé. Quelqu'un prend mon bras. Ce que je perçois en premier, c'est son aura. C'est Bertrand Cantat. " Non mais toi ! Qu'est ce que tu fais ? On ne frappe pas les gens ! Tu déconnes !". Et merde. C'est la première fois que cet illustre star du rock politisé et écorché m'adresse la parole. Monsieur Parfait. Je sors. La journaliste de Sud Ouest me pique une crise. Je lui balance mon verre de bière à la gueule, ça la fait pleurer. Alors je pars en hurlant comme une chienne, exactement au même endroit où Fabrice hurlait pour son amoureuse "BERTRAAAAAAAAND CANTAAAAAAT ! ! ! BERTRAAAAAAAND CAAAAAAAAAAAANTAT ! ! !". Fabrice, je vis avec lui. Normal qu'il m'inspire.

63) Mes nuits sont aussi chiantes que mes jours

Le terrain de foot et tous ses gradins sont bourrés à craquer de monde. Des hordes de fans arrivent de tous les côtés, les énormes escaliers, les ponts, sont pris d'assaut. Les gens viennent en barques par les canaux, des dizaines de miliers de personnes, des couples, des groupes d'amis, des familles, c'est la nuit. Certains ont allumé des flambeaux, des fusées multicolores strient le ciel noir de parfaitement dessinés lasers fluos. Dans les loges, c'est le gros bordel. Fabrice a invité plein de chiens, en faisant des pipis explicites partout en ville. Il est là , son immense sourire parfait sur sa gueule, ses yeux qui étincellent. Jai tout prévu, une pièce entièrement recouverte d'ailes de poulet avec d'énormes bassines remplies de bière, des balles, des peluches partout. Je leur ai mis du blues à fond, ils hurlent et aboient comme des fous. Boris se tient de l'autre côté des loges. Il est beau dans son costard étriqué et il a le même visage que tous les autres jours. Calme et délicat, il discute doucement avec Etienne Daho. Il lui explique qu'il ne comprend pas ce que font tous ces gens, pourquoi ils sont là . Qu'il trouve quand même que ses chansons sont nulles à côté de celles que fait Etienne qui ne bourre que l'Olympia et les Zéniths. Etienne le rassure et lui chante "La Rose Rouge" à l'oreille.
"Promets moi une chose
Dis moi tout bas
Que jamais tu ne t'en iras
De ma joie tu es la cause
Reste tout contre moi
Tu sais bien ce qui compte
Tu le sais "
Il lui dit "C'est la plus belle chanson française que je connaisse et c'est toi qui l'a fabriquée".
Moi, j'ai une pièce entière remplie de fringues, je suis toute seule, avec Marco. Je ne les essaye même pas. Je les regarde et je forme des personnages en regardant dans les tas. Je suis nue. Sur la montagne de fringues. Et je ne bouge pas. Marco se fout doucement de ma gueule, il me parle bébé. "Alors, tu flippes ? Qu'est ce que tu vas faire sur scène ? Tu vas ssanter ? Tu aimes ssanter ? Mais tu sais, ça ne suffit pas ! Il faut être belle ! Il faut être parfaite !" "Alors j'y vais toute nue !" "Non ! Boris ne sera pas content !" "Je le fais pour Boris, moi, tout le monde se moque de moi, ça fait divertion, ça les divertit, pour ne pas qu'ils s'ennuient, c'est pour ça que je suis là".
"C'est l'heure, c'est l'heure". La musique démarre ! Boris Boris ! Il est où ? Il ne veut pas y aller ! Viens on y va ! Vite La chanson a commencé !
Mais les loges sont à l'opposé de la scène ! Il faut courir, on court, il faut traverser le stade ! Je cours de toutes mes forces, mais je n'y arrive pas bientôt, je suis bloquée, j'essaye de courir mais je fais du sur-place, je force, je m'épuise, Boris est loin devant, il monte sur la scène, il commence ! C'est mon tour, je dois chanter là , je suis trop loin, je n'arrive pas à avancer, je n'y arrive pas ! Je vois Audrey, ma copine, qu'est ce qu'elle fout là, sur scène, elle m'appelle , elle me tend les bras mais je suis trop loin ! Elle me regarde l'air désolé puis son visage change, une magnifique expression apparait, elle ouvre la bouche:
"Moi je veux une rose rouge
Accompagnée d'un petit mot
Un baiser tendre sur la bouche
Un pendentif en forme de coeur
Oui je veux une rose rouge
Qu'un être aimé m'aurait cueilli
Et le monde pourrait bien s'écrouler
Je resterai avec lui dans mon lit
Dans mon lit Tutututu tu tu tu tu "
Elle a chanté à ma place, je force, mes jambes lâchent, je ne sens plus mes jambes, je suis paralysée.
Elle l'a chantée mieux que moi.
"Et si je suis morose
Serre moi fort contre toi
Pour que s'en aille mon désarroi
C'est l'amour je suppose
Qui me rend comme ça
Etrange et maladroit à la fois
Oui je veux une rose rouge
Un billet doux sous l'oreiller
Des mots secrets plein de beauté
Pour que mon coeur soit emerveillé
Oui je veux une rose rouge
Posée sur ma table de nuit
Pour que même lorsque tu es loin
Je sois toujours un peu avec toi
Avec toi ... tu tulu tututututu"
http://www.myspace.com/neoboris2

jeudi 1 octobre 2009

62) Un toit, un choix.

Tiens le mari de la grosse dépressive du bas avec sa gosse qui pleure la nuit, est retourné au bercail. Le matin, ça donne ça: "Chienne, salope" Bam Bam . Elle se fait bien taper la grosse. Et à l'ancienne ! Putain si je ne squattais pas, j'appellerais les flics direct. Je croise le grand black dans les escaliers. Il a l'air aussi féroce que celui qui veut avoir l'air féroce en plus d'être vraiment féroce. "C'est vous qui squattez en haut ?" "Oui c'est moi, au revoir !" Je tremble de partout. Il faut que je me barre d'ici. C'est bon. Squatter, j'ai testé. C'est nul. Aucune paix intérieure. Aucune sérénité. Passé l'excitation et la bêtise de se croire au dessus des autres qui payent un loyer ... J'ai compris pourquoi les gens bossent justement pour faire ça en premier ... Tiens, c'est la première fois que je trouve un intérêt à aller bosser ... Merci le grand black dégueulasse. Mais là, ça va être compliqué. Je ne vois pas qui aurait envie d'embaucher une ex-chanteuse punk toujours droguée et alcoolique. Pour l'appart, je n'ai pas envie d'habiter avec des gens. Je ne peux pas louer. Je n'ai pas de garant. La dernière fois, l'appart à clodo que je m'étais fadée sans garant. Déprimant. J'avais préféré squatter pour ça, c'était moins humiliant. C'était un peu plus de panache. Mais c'était sans compter ma constitution de vrai être humain, qui, s'il n'a pas un minimum de sécurité au dessus de sa tête, en arrive vite à péter les plombs. Sans déconner, ces histoires de logement pourissent la planète. Combien de crimes évités si chacun avait un toit décent. Avec une sécurité, assez d'espace, de l'eau chaude, tout. Il suffit qu'il manque un de ces trucs là pour devenir vite barjot, j'ai remarqué. Et puis ceux qui vivent comme ça sans problème, je pense qu'ils l'étaient déjà avant. Barjots. Je veux dire. Dire que je me foutais de la gueule de mes copines qui investissent dans l'immobilier à 20 ans. "Tout ce à quoi ils pensent, c'est d'être propriétaires, les crétins !" Bravo, c'est toi la crétine. Genre, il y en a qui comprennent les choses un peu plus vite que toi. Tu te croyais maline. Rapide. Vive d'esprit ? Mais ma pauvre, toi il te faut des plombes pour comprendre quoi que soit. Et puis il te faut des dérives hallucinantes pour arriver au paisible chemin. Tu vis sans eau, sans électricité, dans des apparts insalubres pendant 4 ans pour réaliser qu'avoir un appart à soi, c'est la chose la plus importante dans la vie ? Tu voyages seule, tu traînes partout la nuit, il faut que tu te fasses aggresser combien de fois avant de comprendre que c'est plutôt déconseillé ? Tu crois que tout ce qu'on t'a appris c'est des conneries ? Tu crois que c'est cool la drogue ? Que ça ouvre l'esprit ?

dimanche 13 septembre 2009

61) Enculé

Mouai, le consensus, le consensus ... C'est sûr, là, Boris, avec moi, il n'y a aucun consensus mais cela ne veut pas dire que je manque de finesse ni de nuances seulement les miennes ne se placent pas à l'intérieur du consensus. Je n'aime pas du tout la censure. Elle me dégoûte et je pense que les gens feraient bien mieux de s'exhiber encore plus tiens. On comprendrait mieux à qui on a affaire. Peut être qu'on aurait davantage l'impression de toucher le réel. Ouai mais là, on fait de l'electro pop ah oui, c'est vrai ... Faut pas tout mélanger. Sur scène, devenir des robots, froids automates, bah oui d'accord, je n'y arrive pas. Trop difficile pour moi. Trop ennuyeux. J'opte pour un autre systématisme. C'est pas mieux mais il m'appartient celui là. Bah non, je n'ai pas la force de me soumettre. Je n'ai pas deux forces. Une qui ferai soumettre l'autre. Je n'y parviens pas. Je ne suis pas cette rockstar là. J'en suis une autre. Je ne sais plus où elle est. Je vais la retrouver. Laisse moi si ça te chante. Je suis humiliée ok mais j'ai déjà appris l'humiliation. L'humiliation d'être née, d'être une enfant, puis une ado, puis une adulte. L'humiliation de n'être aimée que par un chien, aussi ... Connard.
Je parle toute seule dans ma cuisine sans brûleurs, sans gaz, sans rien. J'ai une bouilloire électrique, peut être que ça va marcher.
Je verse la semoule, les épices et la sauce dedans. Les morceaux de poulet. Hop ! ........ ON .... Brubrubrubrubrubrubrubrubrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr !!!!! Ca a explosé. Du couscous et de la sauce rouge partout. Du sang sur les murs, sur le sol, sur moi. Pas question de nettoyer. Je pars me recoucher ?
Putain.
Merde.
Fais chier.
Quel connard.
Tout le monde devait savoir depuis un moment qu'il en avait marre.
Je le bousculais.
Je le trouvais mou.
Je ne rigolais pas à ses récits de nuits dangereuses.
Je m'inquiétais.
Je le trouvais fou.
Je savais qu'il allait vers les pires. Sous ses petits airs de fiotte, je ne connais personne d'aussi tête brulée. C'est pour ça que je l'admire. Il a une virilité démentielle. Aller draguer des hétéros musulmans rue Ste Catherine, les ramener chez lui, les baiser comme il faisait, dis donc ...
Deux jours avant Noël, il ramène une bande chez lui. Il s'endort défoncé, et, le matin, sa chaîne hi-fi et ses enceintes ont disparu. Je ne vois pas bien ce qu'ils auraient pu piquer d'autre. Il ne lui reste que son lit, deux pantalons et trois tee-shirts. Compositeur de génie et pas un disque dans la baraque. Pas besoin d'inspiration, non. C'est bon, il en a assez ...
Et puis rien à foutre d'une chaîne hi-fi et puis rien à foutre de rien. Dépouillement extrême, terre malade, pillée, dévastée sur laquelle ne repose que ces quelques diamants qu'il a lui même fabriqué. Ses chansons. Son oeuvre involable, indestructible. Un artiste est par essence indestructible car c'est dans son cerveau que le monde marche. Pas dehors. Pas avec le corps et les autres corps.
Le jour de Noël, on sonne à sa porte et là, sur le paillasson: la chaîne hi-fi et les enceintes.
J'imagine les débats dans la bande. Non mais ce mec était cool et touchant. Pd, certes, quelle infâmie, mais il n'avait rien. Il était plus pauvre que tous nos cousins réunis. On va pas se mettre à braquer les plus pauvres que nous. On est des guerriers à l'honneur irréprochable nardine mouk. Allez, zy va, on va rendre à ce pitoyable sous homme ce qu'on lui a volé. Il croiera que c'est le pére Noël qui a pensé à lui faire un cadeau.
Pfffffffffff Boris, c'est ça ta force. Cest ta faiblesse. Et moi, ma faiblesse ... C'est peut être ma force.
Ouai, comme ça c'est pas mal ... Je m'endors.

samedi 22 août 2009

60) Papillon de nuit, papillon de poussière


C'est tellement génial de ne pas avoir de douche chez soi. Toute ma vie, dès que j'allumerai une douche, je serai témoin du miracle. Le miracle de l'eau courante. J'en serai consciente. Et ma vie durant, je passerai sous la douche en pensant à chaque fois: quel bol cette eau chaude qui coule sur moi ! ! !
Dans l'appart dessous ma chambre, au squat, rue Neuve, la nuit, une petite fille pleure. C'est vraiment pénible. Quoi de pire que les pleurs d'un enfant seul dans la nuit ? J'attends que sa maman la console. J'entends tout. La maman ne vient pas. Jamais. Et la petite fille pleure bruyamment dans mes oreilles. Pourquoi ? Pas pourquoi elle pleure, non. Pourquoi, moi, je l'entends qui pleure ? Qu'est ce que cela veut dire ? Mes nuits sont atroces. N'ai je pas déjà parlé des HéroÏcs Gothics, habillés Fantasy, qui ont joué dans la vraie vie à ouvrir une taverne moyenâgeuse juste en bas de chez moi et qui, en guise de musique de fermeture, balancent tous les soirs une chanson d'Indochine ? Moi, je leur balance des verres d'eau .
Depuis des années, j'ai envie de jouer au Boqueron. C'est la classe, le Boqueron. Tout ça parce qu'un de mes premier concert intéressant à Bordeaux, c'était au Boqueron. Je n'avais jamais entendu ce genre de musique. C'était du Jazz Noise. Et les mecs qui jouaient étaient trés beaux, ils faisaient des études de philo. Acceptée à leur table, j'écoutais leurs histoires. Le plus séduisant rentrait de Suède, il racontait, avec distance, qu'il avait posé pour des photos, pour un magazine. Vincent Marco Trompette. Vincent Coke. J'avais 18 ans. C'est tellement loin. Aujourd'hui, 29. A 23, je me sentais déjà vieille.
Boris, mollement, est d'accord. Le Boqueron est d'accord. Je suis trés excitée en même temps énervée. Qu'on ne soit pas invités. Qu'on doive toujours faire seuls. Le bar sera rempli. La soirée sera parfaite. Je demande une faveur. Mais je n'ai pas le droit d'enlever la photo célèbre en noir et blanc qui me déprime de Brassens, Ferrat et "Ne me quitte pas". Que je le veuille ou non, elle devra nous servir de décor ce soir. Je n'ai le droit de toucher à rien dans la salle.
Dans Tecknikart, j'ai trouvé l'image d'une boîte de NEO-CODION. Le calmant à l'opium des toxs, la même boîte que j'aurai pu trouver devant le Boqueron, une nuit, en passant devant le bar. Rue des Faures. Rue des toxs. Le quartier populaire. St Michel. Aujourd'hui "populaire" étant synonyme de "tox partout". Une bonne idée de flyer. Hommage dans ma tête au grand Seb et une pensée émue quoique indubitablement fatiguée pour les quasi seuls mecs qui m'ont fait des compliments ou demandée en mariage ces dernières années. Les toxi-clodos. Les clodos. Les toxs qui font la manche dans la rue mais qui ont un appart. Le Grand Seb. La bombe détruite du Cours Victor Hugo, aux mains si enflées que je savais que c'était bouché dans ses veines, que le sang coulait dur comme du gravier. Je l'imaginais, du gravier s'éboulant de sa bouche. Quand je l'ai embrassé, j'ai senti un goût de produit synthétique dégueulasse dans la mienne de bouche et ma tête immédiatement a tourné. Sub .Sub Sub ... Mes amours à gerber.
J'ai fait un super fly. Une super affiche. La boîte de Neocodion applatie, comme écrasée dans la ruelle, photocopiée en grand, mais j'ai changé les lettres en gardant la même typo.
NEO-BORIS.
Comprimés enrobés.
La soirée est molle. Les patrons sont cons. Les trois quarts de mes "potes" n'ont rien à raconter. Comme d'habitude. Ils me font la gueule. Je leur fais la gueule. Je ressemble à une sorcière. Une fille, à la fin, me dit "ne change rien". Elle n'est pas exigeante celle-là. Aprés le concert, on va dans l'appart d'un mec qu'on ne connait pas. Il y a un affreux lavi jaune et orange sur les murs. Avec les taz, je nous voie entourée de flammes foireuses. Et les gens, et moi, des petites créatures mesquines de l'enfer dans ce décor tellement puissant de vilainie qu'il devient vrai.
Marco, vautré sur moi, son corps chaud, confortable. Il me dit "Boris a quelque chose à te dire " "Vas Y Boris, dis-lui !" Boris "euh...euh ...",moi heureuse qu'il me dise un truc enfin, même si ce truc sort de la bouche de Marco. Même si ce truc sera la destruction de mon clocher. " Il ne veut plus que tu chantes avec lui". Je me tourne vers Boris:
"Comme je te comprends ahahaaa!!! Boris ! Mon ami ! Débarrasse toi donc de l'infâme femme que je suis !". Puis j'oublie. Je vais en boîte toute la nuit. Je danse. Je suis bien dé-fon-cée. Je roule des pelles. Je ris. Et le matin, quand je me réveille, c'est là que je réalise, que tout cela, oui, tout ce qui se passe de cauchemardant, c'est toujours la réalité.

samedi 8 août 2009

59) Les boulets

Nous avouerons que notre héros était fort peu héros en ce moment. Toutefois la peur ne venait chez lui qu’en seconde ligne ; il était surtout scandalisé de ce bruit qui lui faisait mal aux oreilles. L’escorte prit le galop ; on traversait une grande pièce de terre labourée, située au-delà du canal, et ce champ était jonché de cadavres.– Les habits rouges ! les habits rouges ! criaient avec joie les hussards de l’escorte. Et d’abord Fabrice ne comprenait pas ; enfin il remarqua qu’en effet presque tous les cadavres étaient vêtus de rouge. Une circonstance lui donna un frisson d’horreur ; il remarqua que beaucoup de ces malheureux habits rouges vivaient encore, ils criaient évidemment pour demander du secours, et personne ne s’arrêtait pour leur en donner. Notre héros, fort humain, se donnait toutes les peines du monde pour que son cheval ne mîtes pieds sur aucun habit rouge. L’escorte s’arrêta ; Fabrice, qui ne faisait pas assez d’attention à son devoir de soldat, galopait toujours en regardant un malheureux blessé.– Veux-tu bien t’arrêter, blanc-bec ! lui cria le maréchal des logis. Fabrice s’aperçut qu’il était à vingt pas sur la droite en avant des généraux, et précisément du côté où ils regardaient avec leursl orgnettes. Fabrice ne put retenir sa curiosité ; et, malgré le conseil de ne point parler, à lui donné par son amie la geôlière, il arrangea une petite phrase bien française,bien correcte, et dit à son voisin :– Quel est-il ce général qui gourmande son voisin ?– Pardi, c’est le maréchal !– Quel maréchal ?– Le maréchal Ney, bêta ! Fabrice, quoique fort susceptible, ne songea point à se fâcher de l’injure ; il contemplait, perdu dans une admiration enfantine,ce fameux prince de la Moskova, le brave des braves.Tout à coup on partit au grand galop. Quelques instants après, Fabrice vit, à vingt pas en avant, une terre labourée qui était remuée d’une façon singulière. Le fond des sillons était plein d’eau, et la terre fort humide, qui formait la crête de ces sillons,volait en petits fragments noirs lancés à trois ou quatre pieds dehaut. Fabrice remarqua en passant cet effet singulier ; puis sa pensée se remit à songer à la gloire du maréchal. Il entendit un cri sec auprès de lui : c’étaient deux hussards qui tombaient atteints par des boulets ; et, lorsqu’il les regarda, ils étaient déjà à vingt pas de l’escorte. Ce qui lui sembla horrible, ce fut un cheval tout sanglant qui se débattait sur la terre labourée, en engageant ses pieds dans ses propres entrailles ; il voulait suivre les autres : le sang coulait dans la boue.« Ah ! m’y voilà donc enfin au feu ! se dit-il. J’ai vu le feu ! se répétait-il avec satisfaction. Me voici un vrai militaire. » A ce moment, l’escorte allait ventre à terre, et notre héros comprit que c’étaient des boulets qui faisaient voler la terre de toutes parts. Il avait beau regarder du côté d’où venaient les boulets, il voyait la fumée blanche de la batterie à une distance énorme, et, au milieu du ronflement égal et continu produit par les coups de canon, il lui semblait entendre des décharges beaucoup plus voisines ; il n’y comprenait rien du tout.